Baromètre du respect des enseignants

10/03/2025

Question orale de Mme Stéphanie Cortisse, Députée, à Mme Valérie Glatigny, Ministre de l'Education, à propos du "Baromètre du respect"

Mme Stéphanie Cortisse (MR). – Les résultats du «Baromètre du respect» sont connus. Près de 10 000 enseignants et directions d'écoles ont participé à cette enquête. S'il est rassurant de lire qu'une large majorité des répondants se sentent «toujours» ou «souvent» respectés dans leurs interactions quotidiennes avec les élèves, d'autres chiffres doivent attirer notre attention. Ainsi, moins de la moitié des enseignants ayant participé à l'enquête se sentent respectés par les familles, tandis que plus de deux tiers d'entre eux estiment que leur métier est peu valorisé par la société. Enfin, ils sont également près de deux tiers à déclarer s'être autocensurés au cours des cinq dernières années, hésitant à enseigner des faits scientifiques ou historiques qui font pourtant partie intégrante des référentiels.

Madame la Ministre, quelles pistes d'actions considérez-vous pour faire face aux défis mis en lumière par ces résultats? Avez-vous déjà travaillé avec les acteurs institutionnels de l'enseignement à la définition du nouveau contrat entre les écoles, les parents et les élèves, visé dans la Déclaration de politique communautaire (DPC) et destiné à mettre en avant, notamment, la confiance réciproque entre les acteurs et le respect des autres, des codes de l'école et des règles de la vie en communauté? Quels autres dispositifs envisagez-vous pour améliorer la situation reflétée dans le «Baromètre du respect» et mieux outiller les enseignants et les directions?

Mme Valérie Glatigny, Ministre de l'Éducation. – Avant tout, il me semble plus que nécessaire de repréciser le périmètre du «Baromètre du respect». Le but était non pas d'effectuer une étude scientifique, mais de mesurer un sentiment, un ressenti, d'enregistrer les variations et de voir apparaître des tendances. Depuis le début de l'opération, j'ai toujours souligné les précautions nécessaires. Cela étant dit, les résultats du baromètre corroborent les nombreux témoignages qui, ces derniers mois, ont répercuté des faits inquiétants dans les établissements scolaires en Fédération Wallonie-Bruxelles. J'ai ainsi été choquée de lire les témoignages d'une institutrice primaire qui a été frappée par un de ses élèves, d'une professeure de biologie qui n'ose plus montrer la reproduction d'un corps nu, etc. Tous ces faits font écho aux études portant sur un temps long qui ont été réalisées, entre autres, par certains syndicats et dont j'ai pris connaissance à leur proposition. Pour un questionnaire envoyé par courriel par l'administration et reposant sur une base volontaire, le taux de réponse de 10 % est habituel. Les résultats ont d'ailleurs été analysés en collaboration avec mon administration.

La DPC met en avant la nécessité d'instaurer une politique structurelle visant à améliorer le climat scolaire, notamment par un retour à l'autorité et au respect des enseignants dans leur classe. Le «Baromètre du respect» est un outil parmi beaucoup d'autres pour prévoir et orienter correctement nos actions futures en vue de bâtir un environnement de travail plus respectueux et plus sûr. Plusieurs actions sont envisagées, dont l'instauration de bonnes pratiques pour accroître ou restaurer le respect envers la fonction d'enseignant, le lancement d'une campagne de sensibilisation sur ce sujet, ainsi que le renforcement des programmes de médiation pour résoudre les conflits entre enseignants, parents et élèves. Il est également prévu d'intégrer un contrat entre l'école, les élèves et les parents dans les règlements d'ordre intérieur (ROI) des écoles. La gradation des sanctions dans le Code de l'enseignement fondamental et de l'enseignement secondaire sera revue, l'engagement professionnel des directions sera formalisé par l'élaboration d'un dispositif de soutien pour les enseignants et un service de médiation interne, composé de personnes-ressources, sera créé pour aider les professeurs à répondre favorablement aux contestations éventuelles.

Pour lutter contre l'autocensure, des formations adaptées et un accompagnement spécifique seront proposés aux enseignants pour mieux les préparer aux défis pédagogiques et sociétaux actuels et de demain. L'autocensure et ses signes devront être mieux définis et une analyse fine des cas concrets nous permettra de proposer des solutions adaptées et de renforcer la formation continue sur la liberté pédagogique et la gestion des opinions divergentes à l'école. Intensifiée, la formation des enseignants sur leur marge de manœuvre pédagogique leur permettra de mieux résister aux pressions. Par ailleurs, un plan global de lutte contre les dérives extrêmes est en cours de réalisation. Il vise à créer un climat scolaire apaisé en fournissant aux acteurs éducatifs des outils pour agir et réagir efficacement face aux signes de polarisation, de radicalisme et d'extrémisme. En mars, une table ronde réunira divers acteurs, tels que les équipes mobiles, l'Organe de coordination pour l'analyse de la menace (OCAM), les fédérations de pouvoirs organisateurs, les associations représentatives des directions et des associations de parents, les syndicats, le Service général de l'inspection (SGI), les directions générales de l'enseignement et la police, afin de discuter des menaces actuelles et des aides disponibles.

Le SGI mènera très bientôt une mission d'évaluation sur le respect du principe de neutralité dans les établissements et la circulaire 6036 portant sur la prévention de la radicalisation menant à la violence au sein des établissements scolaires, véritable outil pour prévenir certaines dérives au sein des établissements, est en cours d'actualisation.

La notion de neutralité dans le Code de l'enseignement fondamental et de l'enseignement secondaire sera clarifiée parallèlement à l'élaboration d'une proposition de décret interdisant le port de signes convictionnels pour le personnel de l'enseignement officiel, conformément à la DPC. Il est bien entendu que le choix et la mise en œuvre de ces actions et de ces nouvelles mesures prennent en compte systématiquement l'avis de tous les acteurs de l'enseignement et qu'un suivi évaluatif est prévu pour en mesurer les conséquences. 

Aussi, il est d'ores et déjà envisagé de réaliser une nouvelle édition du «Baromètre du respect». Je n'ai pas attendu le baromètre pour être consciente de ces problématiques sociétales et en mesurer l'ampleur afin d'entamer un travail d'amélioration du climat scolaire dans son ensemble. Pour terminer, si le baromètre avait pour vocation de cibler le personnel enseignant, je suis consciente des difficultés que le monde scolaire éprouve depuis de nombreuses années. Il est sain de s'en préoccuper et il est certain que les élèves font également partie de mes préoccupations. Pour rappel, l'axe stratégique n° 5 du Pacte pour un enseignement est consacré à leur bien-être.