La mise sur pause de l'allongement du tronc commun

Intervention de Mme Stéphanie Cortisse, Députée, sur les motions PS et Ecolo, à propos de la suspension de
l'allongement du tronc commun à la troisième année secondaire
Intervention de Mme Stéphanie Cortisse (MR).- Madame la Ministre, l'opposition se dit souvent sidérée, voire même hallucinée, lorsqu'elle vous interpelle. Madame Linard, Monsieur Casier, permettez-moi cette fois-ci de vous dire que c'est mon groupe et moi-même qui sommes sidérés par vos propos. En effet, il y a de quoi halluciner quand on vous entend prétendre, comme hier en réunion de commission, que plutôt que d'écouter et de faire confiance aux personnes de terrain, aux enseignants qui doivent faire face aux réformes et à des classes difficiles à gérer, il faudrait se laisser guider non pas par leurs avis, mais par la littérature scientifique et quelques pédagogues. Vous prétendez défendre les enseignants, mais il faut être totalement déconnectée de leurs réalités que pour nier ainsi leur expérience et leur vécu!
En effet, j'ai visité 150 écoles sous la précédente mandature et la quasi-totalité des équipes éducatives est contre l'allongement du tronc commun jusqu'en troisième année de l'enseignement secondaire. Les quelques-unes qui y sont favorables sont celles qui ont l'espoir que les élèves qui, à l'avenir, arriveront dans l'enseignement secondaire, soient différents et que les classes soient moins hétérogènes. Or force est de constater tout le contraire.
À ce jour, il n'y a eu aucune évaluation de la réforme du tronc commun, aucune objectivation de ses atouts, de ses limites et de ses impacts. En outre, la ministre Désir n'a jamais anticipé les conséquences de l'allongement du tronc commun en termes d'emploi, d'impact sur le parcours des élèves, ou encore, d'organisation des écoles. Qu'a fait la ministre Désir pour la cellule de reconversion tant annoncée? Qu'en est-il de la suppression du premier degré différencié pour les élèves en difficulté? Qu'en est-il des degrés d'observation autonome (DOA)? Ce n'est pourtant pas faute d'avoir questionné la ministre Désir à de nombreuses reprises… Le groupe des Engagés en avait d'ailleurs fait de même.
Huit ans après l'adoption du Pacte par les acteurs institutionnels et au vu des évolutions de notre enseignement et des effets néfastes sur les élèves, notamment de la crise de la Covid-19, il faut s'assurer de l'adhésion de tous les acteurs de terrain, en particulier les enseignants. Il faut évaluer les mesures du Pacte pour un enseignement d'excellence, comme le prévoit la Déclaration de politique communautaire (DPC).
C'est dans ce contexte que la ministre Glatigny a tiré la sonnette d'alarme et a proposé de suspendre l'allongement du tronc commun jusqu'en troisième année de l'enseignement secondaire. Lorsqu'il s'agit de mesures d'investissements supplémentaires, c'est grâce au Pacte et au PS; mais lorsqu'il s'agit de mesures des effets retours, comme celui généré dans l'enseignement qualifiant, pourtant écrit noir sur blanc dans le Pacte et prévu dans sa trajectoire budgétaire, c'est la faute de la nouvelle ministre. Comment la minorité PS-PTB-ÉCOLO, qui défend aujourd'hui corps et âme l'allongement du tronc commun, se positionnera-t-elle dans quelques années, lorsque nous serons confrontés à de nombreuses pertes d'emploi consécutives à cette mesure?
Comment se positionneront les syndicats? Assumeront-ils ce choix? Allez-vous faire de même pour votre position actuelle, face aux enseignants qui ne pourront pas se reconvertir pour donner le cours de formation manuelle, technique, technologique et numérique (FMTTN)? Assumerez-vous le fait que les élèves en difficulté, noyés dans un tronc commun allongé, n'auront plus d'encadrement différencié? En suspendant l'allongement du tronc commun, la ministre Glatigny lance un appel à la responsabilité de tous les acteurs. Dois-je rappeler que, déjà sous la ministre Désir, les syndicats avaient quitté le Comité de concertation du Pacte?
Pour conclure, Mme Glatigny a adressé une note verte à son administration afin d'obtenir une analyse de tous les impacts de l'allongement du tronc commun.
Lors de la Commission de l'Éducation, de l'Enseignement de promotion sociale, de la Promotion de Bruxelles et de la Recherche scientifique du 19 février 2025, elle nous a annoncé que les résultats de cette analyse sont attendus pour la fin février et qu'elle rencontrera, dès début mars, les organisations syndicales, les fédérations de pouvoirs organisateurs et les associations de parents, pour entamer avec eux le travail nécessaire sur la base de ces données objectivées. Il est essentiel de remettre tout le monde autour de la table des négociations, et de tout remettre à plat plutôt que d'avancer à l'aveugle. Le gouvernement prend ses responsabilités, c'est pourquoi nous avons déposé une proposition de motion pure et simple.
Réplique de Mme Stéphanie Cortisse (MR).– Je ne proférerai pas de grand slogan, comme le fait l'opposition. Monsieur Casier, cela me rend dingue de vous entendre prodiguer de fausses informations à longueur de journée. Vous dites que notre bible, c'est le Pacte. Celui-ci prévoit la rationalisation des options de l'enseignement qualifiant avec l'adaptation concomitante de l'allocation NTPP, ce qui résulte en un budget en rythme de croisière égal à moins 37 millions d'euros. Cette mesure n'est donc pas une invention de la ministre Glatigny et ce n'est pas une décision qui vient d'en haut. C'était une décision des acteurs institutionnels, des syndicats et de votre parti à l'époque.
Lorsque je me rends à un débat télévisé, je prends toujours soin de lire ce tableau, visible à la page 217 de l'avis n° 3 du Groupe central. N'hésitez pas à aller le consulter. Monsieur Casier, vous espérez qu'à force de répéter de fausses informations, celles-ci deviendront vraies. Je suis là pour rappeler la vérité.
Ensuite, Madame Linard et Monsieur Casier, je n'en reviens pas de votre mépris pour les 150 écoles de l'arrondissement de Verviers. Monsieur Casier, vous vous êtes même moqué de ces «quelques petites écoles verviétoises». Pourtant, ces écoles appartiennent à tous les réseaux, à tous les niveaux d'enseignement, à l'enseignement tant ordinaire que spécialisé. Je vous invite à aller lire mon rapport, même si je ne doute pas que vous l'avez déjà fait. Arrêtez de mépriser les acteurs de terrain que vous prétendez défendre et ne défendez pas que les syndicats qui servent votre cause politique.