Question sur la fermeture d'une crèche à Aubel pour cas de maltraitance

Question orale de Mme Stéphanie Cortisse, Députée, à Mme Caroline Désir, Ministre de l'Éducation, à propos du suivi du dossier de la crèche privée Pommes d'Happy à Aubel
Mme Stéphanie
Cortisse (MR). – Madame la Ministre, lors de la séance
plénière du 11 janvier et de la réunion de Commission du 24 janvier, je vous ai
interrogée sur la crèche privée Pommes d'Happy, située à Aubel.
Cette crèche a été
fermée au mois de décembre 2022 par l'Office de la naissance et de l'enfance
(ONE) en raison de soupçons de faits de maltraitance, qui avaient été dénoncés
par un couple de parents à la fin du mois de novembre.
Pour rappel, la
directrice et une puéricultrice ont été écartées. Il aura malheureusement fallu
attendre deux mois et demi pour pourvoir à leur remplacement. La crèche n'a
rouvert ses portes que le 1er mars 2023, alors que le 24 janvier dernier, vous
aviez annoncé une réouverture à la fin du mois de janvier.
La réouverture a eu
lieu dans un contexte particulier puisque, quelques jours auparavant, le 22
février, les parents ont reçu un courrier de l'ONE les informant de la faillite
de l'ancienne directrice, qui faisait toujours office de pouvoir organisateur.
La faillite avait été prononcée la veille par le tribunal de l'entreprise de
Liège. Toutefois, l'ONE a trouvé un accord avec le curateur pour assurer une
espèce d'intérim en attendant de trouver un repreneur potentiel.
Si cette reprise
temporaire de la crèche par l'ONE est une bonne initiative et une bonne nouvelle
pour les parents, des questions subsistent sur la gestion de ce dossier.
Madame la Ministre,
concernant la fermeture de la crèche, l'enquête menée par l'ONE en parallèle à
l'enquête judiciaire a-t-elle déjà abouti à des conclusions? Les faits de maltraitance
sont-ils avérés? Ont-ils été perpétrés par une ou plusieurs puéricultrices et
pendant combien de temps? Les parents ont-ils été entendus? Si oui, comment
cela s'est-il passé? Comment s'est déroulée la communication entre l'ONE et les
parents?
J'ai appris que,
malgré la reprise de la crèche par l'ONE, les tarifs appliqués sont restés
fixés à 34 euros par jour, au lieu de 25 euros par jour. Une mesure
compensatoire est-elle prévue pour les 40 familles qui se sont retrouvées sans
solution de garde pendant deux mois et demi? L'ONE ne pouvait-il vraiment pas
proposer de solution temporaire aux parents durant cette période?
Concernant la
réouverture de la crèche, il semble que tout ait pris beaucoup de temps,
notamment la procédure de recrutement. L'appel à candidatures a pris fin le 8
janvier, mais la crèche n'a rouvert que le 1er mars. Comment expliquez-vous ce
délai? Par ailleurs, tous les candidats n'auraient pas été recontactés.
Confirmez-vous cette information? Si c'est bien le cas, pourquoi? Après
l'engagement des nouvelles recrues, le 20 février, il a encore fallu attendre
deux semaines pour la réouverture de la crèche. Pourquoi? Comment améliorer la
rapidité de réouverture dans une telle situation?
Comment voyez-vous
l'avenir de cette crèche? Quelles sont les actions menées par l'ONE pour
trouver un repreneur?
Combien d'enfants
ont quitté la crèche depuis sa fermeture provisoire? Cette crèche provisoire
accepte-t-elle déjà de nouvelles inscriptions? Dans la négative, quand de
nouveaux futurs parents pourront-ils faire leur demande?
Les situations
problématiques dans les milieux d'accueil se sont multipliées ces derniers
temps. Existe-t-il des mesures plus adéquates que la fermeture pure et simple
d'une crèche lorsque des faits de maltraitance sont suspectés? Par exemple,
l'ONE ne pourrait-il pas laisser les puéricultrices non soupçonnées continuer à
accueillir les enfants ou faire venir des puéricultrices «volantes»? Je
n'imagine pas une école être fermée parce qu'un enseignant est soupçonné de faits
de maltraitance. Ne pourrions-nous donc pas nous inspirer de la stratégie
appliquée dans les écoles dans de telles situations? Pourquoi une telle
différence de traitement entre les crèches et les écoles?
Enfin, le 17
février, vous avez affirmé à un collectif de parents de la crèche d'Aubel que
vous étiez déterminée à mieux encadrer ce type de situations à l'avenir.
Vous avez déclaré que la réforme en cours de mise en œuvre empêcherait à l'avenir
l'exercice d'une activité d'accueil en tant que personne physique et que
d'autres évolutions étaient à l'étude afin de clarifier les droits des
enfants et des parents en cas de suspension ou de cessation d'activité d'une
crèche. Madame la Ministre, vous parlez d'une réforme en cours d'élaboration,
mais qu'entendez-vous exactement par là? Pourriez-vous nous en dire plus? Je ne
suis pas certaine que vous vous attaquiez bien au cœur du problème puisque, a
priori, la situation qui nous occupe n'aurait pas été différente s'il s'était
agi d'une personne morale qui avait été déclarée en faillite. Comment améliorer
de manière structurelle et durable la gestion des situations problématiques et
des fermetures de crèches?
Mme Bénédicte
Linard, Ministre de l'Enfance. – La situation de la
crèche privée Pommes d'Happy à Aubel, et l'impact de sa fermeture pour les
parents, ont suscité un investissement important des services de l'ONE ces
dernières semaines. Je vous détaille le résultat de leur travail, dont je tiens
à souligner l'efficacité malgré un contexte particulièrement complexe.
En ce qui concerne
les enquêtes relatives aux faits de maltraitance, le comité subrégional de
l'ONE à Liège a retiré, le 15 décembre 2022 et à la suite d'une réunion avec
les parents, l'autorisation de la directrice de Pommes d'Happy. Le retrait de
l'autorisation était nécessaire étant donné que la directrice cumulait sa
fonction avec celle de pouvoir organisateur en personne physique, comme le
permettait la réglementation précédente. Le 18 janvier 2023, la directrice a
introduit un recours contre la décision. Le conseil d'administration de l'ONE a
examiné le recours, le 15 février 2023, et il a confirmé la décision du comité
subrégional de Liège. Cette décision clôt le volet administratif de l'affaire.
L'enquête judiciaire est, quant à elle, toujours en cours.
Concernant l'impact
de la fermeture de la crèche pour les parents, il faut préciser que les jours
de garde perdus à la suite du retrait d'autorisation n'ont évidemment pas été
facturés aux parents. Le pouvoir organisateur ayant été déclaré en faillite, le
remboursement des montants versés à titre de caution au précédent pouvoir
organisateur relève désormais de la curatelle. L'ONE n'a réclamé aucune caution
aux parents dans le cadre de la reprise temporaire, comme elle le fait
d'habitude.
Les services de
l'ONE se sont mobilisés pour trouver une solution transitoire, mais la
faiblesse de l'offre locale et la difficulté de trouver un repreneur ont rendu
les démarches compliquées. Le précédent pouvoir organisateur réclamait près de
200 000 euros pour céder son activité et la commune n'est, à ce stade, pas
intéressée. Compte tenu des circonstances, l'ONE a proposé une solution
inédite: maintenir temporairement les activités de la crèche en prenant, à sa
charge, les services d'une directrice et d'une puéricultrice. Ce portage
transitoire a fait l'objet d'une convention conclue le 23 décembre 2022 et il
permet de continuer les recherches pour trouver un repreneur.
L'ONE a ensuite
lancé immédiatement une procédure de recrutement. Le service des ressources
humaines de l'ONE a travaillé avec toute la rigueur requise pour publier les
offres d'emploi. Les candidatures qui respectaient les modalités d'introduction
ont reçu une réponse. Les candidats ont ensuite été conviés à un entretien avec
les jurys de sélection. Les jurys ont ensuite comparé les candidatures, en
tenant compte des aptitudes à prendre une situation de crise en charge. Ils ont
sélectionné des candidats en activité, imposant le respect d'un délai de
préavis. L'ONE a tenu les parents informés de l'évolution de la procédure.
Le personnel
recruté par l'ONE a pris ses fonctions le 20 février dernier. La réouverture de
la crèche ne pouvait toutefois s'envisager du jour au lendemain. Il était
nécessaire, pour la nouvelle équipe, d'organiser son fonctionnement et les
plannings, de régler différentes modalités pratiques, de se familiariser avec
les enfants et de rencontrer les parents. Une réunion d'information avec les
parents a été organisée le 27 février en soirée.
La faillite du
précédent pouvoir organisateur, déclarée le jour même de la réouverture de la
crèche, a gravement compromis le processus. Cette décision est intervenue par
surprise, la direction précédente ayant procédé à un nouveau recrutement dans
le même délai. L'ONE a toutefois fait preuve de réactivité, passant en quelques
jours de l'exécution d'une convention à une reprise complète de l'activité de
la crèche, mise en œuvre avec le curateur, en maintenant la réouverture au 1er
mars.
Concernant un
éventuel repreneur, l'ONE est en contact avec deux ou trois pouvoirs
organisateurs potentiels et il continue à travailler avec la commune pour
examiner la possibilité d'un soutien. Certains éléments d'ordre financier
dépendant de la curatelle devraient être clarifiés pour aboutir à un plan
financier clair, ce qui faciliterait le processus pour trouver un repreneur.
Depuis la fermeture
de la crèche, seuls quelques parents ont trouvé une solution. L'ONE a contacté
tous les parents dont l'ancien pouvoir organisateur a fourni les coordonnées. À
ce stade, la priorité a été donnée aux enfants qui fréquentaient la crèche ou
dont l'entrée était prévue. L'ONE doit à présent renforcer l'équipe d'encadrement,
tâche qui aurait dû, sans sa faillite, relever de l'ancien pouvoir
organisateur. Dès que l'encadrement sera renforcé, l'ONE ouvrira la crèche à de
nouvelles inscriptions d'enfants dans le cadre de la reprise provisoire.
Ces longs
développements témoignent de la complexité de la gestion de ce type de
situations. La directrice, titulaire personnelle de l'autorisation, faisait
partie des personnes mises en cause. Comme je l'ai indiqué au collectif de
parents de la crèche, il n'était donc pas possible de procéder à de simples
mesures d'éviction. La réforme des milieux d'accueil de la petite enfance
(MILAC) menée en 2019 a, depuis lors, interdit l'exercice d'une activité
d'accueil en personne physique. De manière plus générale, je partage votre avis
sur la nécessité d'améliorer les procédures pour éviter les fermetures de
crèche, qu'elles soient liées à une cessation d'activité à l'initiative du
pouvoir organisateur ou à un retrait d'autorisation par l'ONE, ou en limiter
l'impact pour les parents. Nous devons toutefois rester attentifs à deux
éléments. Tout d'abord, les pouvoirs organisateurs, quelle que soit leur
nature, ne doivent pas être déresponsabilisés par l'existence d'un mécanisme de
prise en charge de l'ONE en cas de fermeture. Le bénéfice d'une autorisation
d'accueil est conditionné à un engagement vis-à-vis du public accueilli et de
la société tout entière. Nous devons faire en sorte que ces engagements
puissent être tenus. Enfin, la tension concernant l'offre des places d'accueil
ne doit pas justifier le moins-disant. La sécurité et la qualité de
l'encadrement des enfants doivent rester au cœur de nos priorités.
Mme Stéphanie
Cortisse (MR). – Madame la Ministre, vos réponses sont
essentielles pour la quarantaine de familles dont je n'ai fait que rapporter
les interrogations. C'est aussi mon rôle en tant que parlementaire. La
fermeture de cette crèche a suscité beaucoup d'émotion, car il s'agit de la
seule crèche de la commune d'Aubel.
Je voudrais
souligner quelques points, à la demande des parents.
Premièrement,
certains parents ont affirmé dans la presse qu'il y avait des problèmes dans
cette crèche depuis 2017. L'ONE en aurait été informé et n'aurait pas effectué
de contrôle surprise. J'ignore si cette information est vraie, mais je vous en
fais part pour que vous puissiez investiguer.
Deuxièmement, dans
le cadre de son enquête, l'ONE a organisé une réunion collective le 14 décembre
dernier. Selon certains parents, cette réunion s'est avérée intimidante. En
raison de la présence de tous les parents, certains n'ont pas osé témoigner.
Ces parents auraient préféré être entendus individuellement. Si je vous
rapporte ce témoignage, c'est avant tout pour que l'ONE puisse améliorer ses
procédures.
Troisièmement, certains parents estiment que l'ONE a peu communiqué avec eux ou qu'ils ont reçu des informations contradictoires au téléphone et par courrier. Il y a eu un imbroglio. L'ONE devrait peut-être également s'améliorer à ce niveau-là.
Quatrièmement, la seule mesure de soutien qui a été proposée aux parents durant les 71 jours de fermeture de la crèche est la mise à disposition d'une liste de places disponibles dans d'autres crèches. Toutefois, cette liste n'était apparemment pas à jour. De plus, la place la plus proche était à Stavelot, soit à 45 kilomètres et plus de 30 minutes en voiture d'Aubel. L'ONE devrait veiller à garder la liste des places disponibles à jour et être capable de fournir des solutions de soutien temporaires dans de telles situations.
Cinquièmement, les
parents se demandent comment ils vont gérer les congés légaux de la crèche. En
effet, malgré la fermeture de la crèche durant les mois de janvier et février,
il y aura encore des jours légaux de fermeture, alors que les parents ont déjà
pris tous leurs jours de congé auprès de leur employeur. Si cette problématique
persiste, je vous réinterrogerai à ce sujet.
En bref, les
parents se posent légitimement toute une série de questions et je ne manquerai
pas de suivre l'évolution de ce dossier.