Question sur la responsabilisation collective non seulement des enseignants, mais aussi des parents et des élèves

Question orale de Mme Stéphanie Cortisse, Députée (MR), à Mme Caroline Désir, Ministre de l'Éducation, à propos de la responsabilisation collective non seulement des enseignants, mais aussi des parents et des élèves
Mme Stéphanie
Cortisse (MR). – Madame la Ministre, je vous interroge
régulièrement sur l'amélioration des relations entre les familles et les
écoles, ce qui est une nécessité constatée dans l'avis n°3 du Groupe central du
Pacte pour un enseignement d'excellence, renforcée encore depuis la crise
sanitaire.
Dans le cadre de
mes visites de terrain, je constate qu'il s'agit d'une préoccupation importante
des directions et des équipes éducatives. Deux principales problématiques,
aussi importantes l'une que l'autre, me sont rapportées: d'un côté, souvent
dans les écoles à indice socio-économique faible (ISEF), avec des familles plus
précarisées, les parents sont démissionnaires et ne s'intéressent pas du tout à
l'école, et, d'un autre côté, plus souvent dans les écoles à ISEF plus élevé,
les parents sont plutôt dans une forme d'ingérence, notamment par rapport à la
pédagogie et au travail des enseignants. Il ne faut pas en faire une généralité
par rapport à toutes les familles, mais ce sont les grandes tendances qui
ressortent de témoignages de terrain. En outre, on en demande de plus en plus à
l'école, ce qui tend à déresponsabiliser les parents en surchargeant les
équipes éducatives qui ne devraient se concentrer que sur les aspects
pédagogiques.
À ce sujet, l'avis
n°3 du Groupe central prévoit de «réaliser un cadastre des différents types de
dispositifs formels et informels qui favorisent des relations de confiance avec
les familles, en vue: a) d'évaluer les leviers d'action et les obstacles ou
résistances à la mise en œuvre de ces dispositifs ainsi que leurs effets, en
particulier pour la scolarisation des enfants issus des familles défavorisées;
b) de relever les ressources mises à disposition des acteurs scolaires pour
approfondir les enjeux des relations familles/école et renforcer leurs
compétences relationnelles; c) et de diffuser ces dispositifs auprès des
équipes pédagogiques, des directions, des associations de parents et de
faciliter leur transmission dans les écoles par des réunions d'échanges et de
partage des pratiques entre pairs». Il est encore prévu que «le cadastre devra
être élaboré sur la base d'une méthodologie de recueil et de traitement des
données précises réalisés à partir des plans de pilotage des établissements.
Les modalités d'une diffusion efficace des dispositifs formels et informels
et/ou pratiques pertinent(e)s feront l'objet d'un travail approfondi».
Lors de la séance
de Commission du 28 février dernier, vous m'avez précisé que ce travail avait
pris du retard et que les travaux méthodologiques étaient en cours en vue de
lancer ce cadastre l'année scolaire suivante.
Madame la Ministre,
en quoi consiste exactement ce cadastre? Par qui sera-t-il réalisé? Selon
quelle méthode? Où en est l'état d'avancement des travaux? Quand doivent-ils
aboutir? Outre la réalisation d'un cadastre, quels outils seront-ils créés pour
améliorer concrètement les relations parents-écoles?
En outre, certains
enseignants ont l'impression que les mesures du Pacte pour un enseignement
d'excellence ne reposent que sur le personnel enseignant. Je vous relate le
témoignage d'une enseignante: «Le problème est que tout repose sur le personnel
enseignant. Aucune mesure ne concerne réellement les élèves et leurs parents.
C'est comme si tous les échecs ne s'expliquaient que par des déficits du côté
des structures de l'enseignement et du personnel. Aucun résultat probant ne
sera observé tant que l'on niera la réalité: les premiers responsables de la
réussite des élèves sont les élèves eux-mêmes. On assiste à une culpabilisation
du corps enseignant et à la déresponsabilisation des élèves. Rien n'est mis en
place vis-à-vis du comportement de l'élève face au travail. Il faut agir sur
l'attitude des élèves et de leurs parents face à la scolarité et à ses
exigences.»
Je rejoins l'avis
de cette enseignante. Le Pacte a amené une logique de renforcement de la
responsabilisation des acteurs de l'enseignement avec, d'un côté, un pilotage
renforcé de chaque établissement scolaire et une dynamique collective plus
forte grâce aux plans de pilotage et aux contrats d'objectifs et, d'un autre
côté, l'évaluation individuelle de chaque enseignant. Cependant, aucune mesure
ne concerne jusqu'à présent la nécessaire responsabilisation des élèves et de
leurs parents.
L'avis n°3 du
Groupe central mentionne d'ailleurs expressément que: «La responsabilisation
collective de l'établissement ne se restreint pas aux seuls enseignants: elle
doit s'étendre aux parents via l'association des parents et à d'autres acteurs
pertinents de l'environnement de l'école via le Conseil de participation. Elle
doit bien sûr aussi s'étendre aux élèves». Il n'est toutefois pas suffisant de
se référer aux associations de parents – toutes les écoles n'en disposent pas
et ce sont les parents qui sont déjà de bonne volonté qui en font partie – ou
aux conseils de participation (Copa) – toutes les écoles n'en ont pas encore ou
ne les convoquent pas régulièrement, en sus du fait que seuls quelques parents
volontaires en sont membres. J'estime qu'il faut responsabiliser tous les
parents, ainsi que tous les élèves.
Le Pacte évoque un
partenariat éducatif durable et constructif entre les équipes éducatives et les
parents d'élèves de tous les milieux socio-économiques et culturels, sans
malheureusement aller plus loin dans la réflexion.
Madame la Ministre,
ne devons-nous pas aller plus loin que les mesures préconisées par le Pacte
afin de responsabiliser toutes les familles aux enjeux de l'enseignement? Des
mesures sont-elles prévues en ce sens? Lesquelles? Sinon, allez-vous lancer un
chantier en ce sens?
Mme Caroline
Désir, Ministre de l'Éducation. – Madame la Députée,
je vous le confirme: le travail mené par le Chantier sur cette question a pris
du retard, mais il se révèle surtout plus compliqué qu'il n'y paraît en termes
de ressources humaines et de contenu exploitable. En effet, les données recueillies
ont été analysées et il s'avère qu'elles ne peuvent pas être utilisées telles
quelles pour réaliser un cadastre des dispositifs organisés par les écoles
visant à favoriser les relations entre l'école et la famille. Le sondage a
révélé que ces informations sont extrêmement diversifiées dans leur rédaction,
mais aussi dans leur degré de précision.
Il faudrait
retourner vers les écoles, mais, compte tenu des échos du terrain sur la
surcharge administrative à laquelle les établissements font face, ce dossier ne
fait pas partie des priorités.
La thématique reste
évidemment à l'ordre du jour, mais le Chantier œuvre pour une alternative plus
pratique à mettre à la disposition des écoles plutôt qu'un cadastre en tant que
tel.
Mme Stéphanie
Cortisse (MR). – Madame la Ministre, j'entends bien
qu'il n'est pas évident de réaliser un tel cadastre sachant que l'on récolte
parfois des informations inutilisables. En revanche, je regrette de ne pas
savoir quelle direction vous souhaitez prendre en termes d'alternative à ce
cadastre.
Je ne vous ai pas
entendue non plus au sujet de la responsabilisation des parents et des élèves
vis-à-vis des enseignants. Les trois acteurs que sont les parents, les élèves
et les enseignants doivent être responsabilisés dans le cadre du Pacte pour un
enseignement d'excellence. Les enseignants m'ont fait part de leur sentiment
d'injustice.
Le Pacte traite
d'un partenariat éducatif durable et constructif. C'est bien de le dire, encore
faut-il l'appliquer. Il est essentiel de mettre sur pied un groupe de travail
pour déterminer des pistes d'actions et des mesures concrètes à mettre en œuvre
afin d'améliorer véritablement les relations familles-école et d'accroître la
responsabilisation des parents et des élèves quant aux enjeux scolaires.
Peut-être pourrons-nous profiter du groupe de travail créé à l'origine pour
réaliser le cadastre. Mais il doit être composé d'acteurs institutionnels et
d'acteurs de terrain.
Pourquoi ne pas
imaginer un véritable contrat entre les écoles, les parents et les élèves
centré sur les valeurs de l'effort, du travail, du mérite et du plaisir
d'apprendre? C'est aussi à travers ce type de mesure que nous améliorerons
véritablement notre enseignement, ce qui est l'un des objectifs du Pacte. C'est
en tout cas une demande des acteurs de terrain.